J'accompagne cet article de ma nouvelle création musicale, "Douce France", dont j'ai commencé la rédaction et la composition il y a près d'un an alors que j'étais en Haïti, marqué à l'époque par les attaques déjà indécentes de M. Hortefeux vis à vis des communautés de roms. L'article vient, quant à lui, en réaction à la polémique récente de M. Guéant envers la communauté musulmane.


J'espère représenter en ces lignes une large partie de la population française, celle qui ne se reconnait pas dans les propos récents de notre Ministre de l'Intérieur quant à une sous-entendue hiérarchisation des cultures. Tout d'abord je tiens à préciser qu'il ne s'agit pas ici de débattre sur la terminologie utilisée par M. Guéant, ou sur les diverses interprétations que l'on peut faire de ses propos. Admettons donc d’emblée le fait que ces quelques phrases ont implicitement attaqué la religion musulmane même si l'hypocrisie a fait qu'aucune déclaration ne l'a expressément confirmé.

Mon message se veut contrer ces propos non pas dans la volonté de promouvoir un bord politique ou une quelconque organisation de défense d’une communauté, mais dans l'idée de défendre les valeurs de notre pays, celles que l'école républicaine et laïque m'a enseignées et que l'on continue de m'enseigner à l'heure actuelle sur les bancs de l'université. Je cherche également à défendre la jeunesse et son avenir, en reniant sans aucune ambiguité les ministres qui osent dire représenter la France alors qu’ils bafouent les principes fondamentaux sur lesquels repose notre pays.



Ne souhaitant pas faire de cet article une éponge pour érudits, j’en viendrai en premier lieu à mes sentiments, aussi subjectifs soient-ils. Le fait est que les relents nationalistes du parti au pouvoir et des ministres qui se sont succédés au (feu) ministère de l’Immigration sont indignes, à mes yeux, de la France qu’ils se doivent de représenter par le biais de leur éminente fonction. Ce glissement vers le terrain de jeu du Front National est d’une évidence flagrante, et il dure depuis plusieurs années déjà. Or la campagne des présidentielles étant lancée, nos ministres ont d’ores et déjà accéléré leurs diverses stratégies pour aller faire la cour aux électeurs nationalistes.

Cependant il semblerait que l’UMP ne fasse pas la bonne analyse : ils croient naïvement que les français votent FN par simple xénophobie, alors que Marine Lepen tente depuis quelques temps déjà de maquiller son discours par des teintes sociales qui font largement écho aux français —ce malgré quelques rechutes xénophobes. La stratégie de l’UMP est donc de conquérir une portion non seulement décroissante de l’électorat FN mais qui de toute façon ne fera sûrement jamais confiance au parti au pouvoir pour défendre l’idéologie qu’elle défend.

Mais, outre le fait que cette stratégie me semble vaine (libre aux stratèges de l’UMP d’interpréter la réalité comme ils l’entendent), ce qui me dérange c’est le fait qu’un ministre de la république s’adonne à une campagne visant l’électorat extrémiste alors qu’il est encore en fonction. Comment peut-on se permettre d’attaquer implicitement une civilisation entière alors qu’on est censé représenter la France et donc les citoyens français sans aucune distinction ? Comment peut-on avancer une théorie évolutionniste passée d’un demi-siècle alors que tant de scientifiques, de chercheurs se sont attelés à démanteler cette idée de hiérarchisation des cultures ?

Et même si l’on admettait cette idée saugrenue, en quoi la civilisation occidentale qui détruit tant de vies au Moyen-Orient pourrait-elle se permettre des leçons de morale ? N’est-il pas temps d’assumer les erreurs plutôt que de mettre en péril notre avenir en confrontant entre elles des civilisations ? Je suis convaincu par expérience personnelle que toutes les cultures ont à apprendre les unes des autres, qu’elles ont tout à gagner à se partager leurs savoirs et qu’elles ont tout à perdre à se confronter. Et je n’ai pas envie que mon avenir soit menacé par les propos indécents proférés par un ministre en campagne.



Outre cette dimension purement sentimentale, il est nécessaire de traiter ici la légitimité de l’acharnement perpétré envers les étrangers en France. Au nom de quoi Marine Lepen ou Claude Guéant pourraient-ils faire des étrangers les boucs-émissaires de nos maux et par la même occasion stigmatiser tous les français qui auraient une origine ou une confession visées par ces propos ?

L’argument d’une défense de l’identité culturelle est paradoxal dans la mesure où une culture construit son identité et sa puissance en fonction de la perception que peuvent en avoir les autres, or dénigrer de la sorte une grande frange de l’humanité, c’est décrédibiliser tous les principes et valeurs véhiculés par la civilisation que l’on prétend défendre. L’argument économique est également souvent avancé, mais il est nul et non-avenu. Une équipe de chercheurs de l’université de Lille, dirigée par le Professeur Xavier Chojnicki, a d’ailleurs calculé que l’immigration rapportait 12,4 milliards d’euros à l’économie française en 2009. Les seuls étrangers que l’on pourrait donc pointer du doigt sont ceux qui possèdent la majeur partie de la dette française et à qui l’on reverse chaque année des intérêts faramineux dans la mesure où notre financement public est soumis à l’humeur de ces entités privées qui ont tôt fait de placer à l’étranger les fonds récoltés sur le dos des contribuables français.

Pourquoi je parle de la dette dans un récital contre la xénophobie ? Parce que toutes ces poussées extrémistes au sein de l’Union sont le fruit de la politique d’austérité imposée par les idéologues libéraux (qui n’ont, rappelons le, de libéral que le nom). Voyez l’Autriche qui régresse, voyez l’Espagne qui régresse, voyez Athènes, berceau de la démocratie, en tisser aujourd’hui le linceul. Et que dire de la France quand on entend ces paroles malsaines ? Je n’ai pas la prétention de vouloir changer la mentalité des 20% de votants de Mme Lepen, en revanche ces lignes sont là pour soutenir ceux qui ne se retrouvent pas dans toute cette insalubrité politique, ce déversoir de haine, cela en leur rappelant qu’ils ne sont pas les seuls à le penser.

Et je ne suis pas non plus fataliste face à la crise actuelle, je sais qu’il existe des alternatives à l’austère traitement que la quasi-totalité des médias dépourvus de réflexion critique passent leur temps à promouvoir. Je sais que nous avons d’autres voies que celles de réduire à néant les avancées sociales sous prétexte qu’ailleurs « ils sont plus compétitifs ». Avant d’entrer dans la compétition, osons demander quel trophée obtient le vainqueur. S’il s’agit de niveler la société vers le bas économiquement, culturellement et socialement, je ne participerai pas à votre compétition. Mais proposez-moi une société qui avance, je serai le premier à travailler davantage.



Ange Chevallier