J'ai mis en ligne cet article dans le but de faire réagir face aux divers problèmes qui se posent actuellement, et que nous devront considérer lors du choix du futur président en mai 2012. Ainsi son caractère généraliste est volontaire mais nécessaire pour poser ce qui devrait être selon moi au coeur des débats en 2012 : la proposition d'une alternative au système de financement actuel basé sur l'endettement qui annihile les efforts sur trois dossiers brûlants que sont la transition écologique (largement écartée de la campagne), l'emploi (duquel selon moi également le thème de la sécurité) et la dégradation des institutions communes (éducation, santé, justice, transports...).


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L'ère dans laquelle nous entrons s'est construite autour d'un pessimisme ambiant et d'un refus de regarder la réalité en face. Ce déni couplé de défaitisme a nourri notre génération de pensées négatives, encourageant l'ignorance et le dénigrement de l'autre en usant de la technique du bouc émissaire dès lors qu’on ne sait à qui d’autre rejeter la paternité des maux dont nous souffrons. Force est de constater que nous n'avons plus le courage de nous regarder dans un miroir en acceptant les conséquences de nos actes. Force est de constater que nous sommes désormais prêts à mettre un terme à nos plus anciennes valeurs, au profit d'une influence massique ne considérant plus les sciences empiriques et les morales culturelles comme moteurs. Désormais notre éthique se construit en prenant comme seul but un rendement économique totalement irrationnel eu égard de la situation de la majorité des individus qui y adhèrent consciemment ou inconsciemment.

 

Dénigrement de notre héritage historique

Notre société s'était donné pour but de poser de nouvelles bases économiques et sociales à la sortie de la seconde guerre mondiale. Nos aïeux avaient alors pour volonté de re-fonder les bases de la société, en profitant d’une nouvelle donne offerte par la guerre. Après trois décennies de développement faste (voire parfois abusif d'un point de vue écologique) et d'avancées sociales, l’engrenage s'est à nouveau empêtré dans la logique marchande à la fin des années 70.

Sans prendre conscience des conséquences dramatiques qui étaient en genèse, les pays entreprirent un à un le chantier de démantèlement des acquis sociaux. Ces acquis avaient été conquis au cours des siècles aussi bien en occident par les luttes sociales que dans le tiers-monde par la décolonisation (puis les luttes sociales). En Europe, les dirigeants choisirent le parti de l'économie irrégulée en offrant aux banques commerciales un des deux leviers de la création monétaire. Ils donnèrent à des instances incontrôlables (les banques privées) cette arme, afin de se dédouaner de toute responsabilité d’une éventuelle sur-inflation tant redoutée (dont les fondements sont plus idéologiques que scientifiques). Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la «planche à billet» a continué à fonctionner, en engraissant finalement les patrimoines et les fortunes déjà largement hors de toute proportion raisonnable, et en créant les bulles spéculatives à l'origine des diverses crises de ces dernières décennies (internet en 2000, immobilier en 2008...).

En même temps, ces (très très) grandes fortunes ont fui et continuent de fuir dans les paradis fiscaux, cela en invoquant la liberté. Les politiques fiscales qui suivirent —et qui ont perduré jusqu’au bouclier fiscal en France— ont largement réduit les taxations des revenus et des patrimoines les plus conséquents, en mettant ainsi au pied du mur toutes les institutions non-rentables de la société et en faisant augmenter petit à petit les dettes publiques européennes. Ces institutions ayant pourtant pour rôle de maintenir un climat social apaisé, de faire évoluer la société et de permettre au système marchand de favoriser les échanges matériels et immatériels entre les populations (et, selon les cultures, faire évoluer ou stabiliser les conditions de vie des populations).

 

La liberté contre la liberté

C’est au nom de cette liberté que cette mondialisation économique a eu lieu. Ce terme «liberté» a été pris et repris par certaines doctrines économiques afin d'endormir les contestations populaires. Qui peut s'opposer à la liberté ? Le fait est que cette liberté n'a été octroyée que par et pour une poignée d'individus et de pays, cela dans le seul but de mieux profiter des populations chez lesquelles la lutte sociale n'avait pas encore été menée. Aujourd'hui d'ailleurs, le terme "compétitivité" tant martelé par les politiques insinue un nivellement par le bas du niveau social, cela afin de s'aligner sur les modèles des pays les plus pauvres socialement.

La première phase de la mondialisation n'a été que le théâtre d'un déplacement de la recherche de main d'oeuvre vers les pays les moins avancés socialement, cela afin d'éviter la justice sociale naissante ou déjà installée dans les pays occidentaux. Les entreprises se sont affranchies des frontières, et en contrepartie, il a été choisi de combattre la liberté des individus par toutes les voies imaginables. Sur certaines frontières se hissent désormais des murs de plus en plus imposants, installés pour éviter l'immigration massive —et légitime— des pays en difficulté vers les pays à fort capital accumulé.

Les libertés de penser et d'agir on été annihilées par le développement des campagnes de communication massives pour l'achat de produits de consommation dont l'utilité a été inventée et insinuée par ces mêmes campagnes. Les cultes ont été et sont stigmatisés afin de mieux faire apparaitre des boucs émissaires. Je pense notamment à la campagne politiquo-médiatique occidentale contre la religion musulmane dont on cherche à faire la fautive de tous les maux en omettant d'envisager les actes extrémistes comme une simple réponse à l'occupation occidentale dans les pays pétrolifères. La liberté enfin, on l'a vue se perdre dans l'installation de milliers de caméras souvent dénoncées comme couteuses et inutiles, cela afin d’apaiser faussement les individus en leur faisant aspirer à une société parfaite dans laquelle les crimes n'existeraient pas.

 

Les dettes et les grands capitaux

Le fait est que cette croyance en un ultra-libéralisme économique censé "développer" les pays qui s'y plient a désormais une place considérable dans les esprits et dans les pays. Pourtant si rien n'est fait aujourd'hui, cette construction du monde est vouée à nous mener à une série de conflits (entre les peuples et contre la nature au pire et à un seul conflit contre la nature au mieux). Cette logique a effectivement poussé les pays dans une spirale d'endettement envers les détenteurs des capitaux financiers, qui n'ont pour seule logique que le rendement économique à court terme.

Aucun dirigeant n'a eu pour l'instant le courage de demander une redistribution des richesses afin de mieux concentrer les efforts vers la transition écologique qu'impose notre mode de vie sur-consumériste, vers la paix sociale et vers la libération économique des pays en difficulté. Les grands capitaux détiennent la masse monétaire qui pourrait débloquer la situation, mais ne l'octroient que par le biais de prêts (et de quelques pseudo-dons de bonne conscience) et les États ne disposent d'aucune marge de manœuvre du fait de la dette qu'ils se sont eux-même imposés en abaissant les taxations des hauts revenus. Il est devenu évident que seule une redistribution des capitaux par le biais d'une dilapidation des très grandes fortunes et d'une abolition des paradis fiscaux pourrait permettre aux États —donc aux peuples— de construire une nouvelle société plus saine en investissant massivement dans des secteurs de bien commun.

La sur-accumulation des capitaux est arrivée à son paroxysme et l'irrationalité des marchés a prouvé qu'on ne pouvait pas faire davantage confiance à des individus qu'à des États quant à l'utilisation de la plus-value de richesse créée par les travailleurs. Cette plus-value est utilisée à mauvais escient dans la spéculation, ou bien elle est investie dans l’endettement (public et privé) ou encore va simplement dormir dans les paradis fiscaux. Il est désormais nécessaire de redonner la gestion de ces capitaux à ceux qui les ont créés, c'est à dire les travailleurs, tout en leur permettant de choisir ensemble l’utilisation qu’ils souhaitent en faire. Sans pour autant créer une société égalitariste bolchévique qui n'est guère différente du système actuel (l'oligarchie économique néolibérale et la toute puissance étatique communiste freinent toutes deux l'avancement de la société).

 

Les travailleurs et la rigueur

J'entends par travailleur tous les individus qui mettent leurs compétences intellectuelles et manuelles au service de la société. Cela va du médecin à la femme de ménage, de l'instituteur au cadre commercial, du ministre au membre d'association, de l’ouvrier au chômeur actif (qui se rend utile en cherchant un emploi ou par un autre biais), du retraité à l’étudiant...Tous les individus qui participent un tant soit peu à la construction, l’évolution ou à la maintenance de la société doivent recevoir leur part relative de gâteau en fonction des besoins, de la compétence et de l'investissement personnel.

Pourtant aujourd'hui nous en sommes venus à accepter naïvement le fait que certains puissent jouir de capitaux colossaux sans avoir à travailler. Nous en sommes venus à accepter l'idée qu'un individu pouvait gagner plusieurs milliers de fois plus d'argent qu'un autre, sous prétexte qu'il a su faire fructifier son capital. Il est temps de rebattre les cartes afin de retrouver l'espérance que nous avions commencée à bâtir au sortir de la guerre. Il est temps de nous ouvrir à l’avenir en laissant loin de nous les préjugés que l'on nous laisse conférer aux individus "différents" de notre culture, notre religion ou a-religion, de notre nationalité, notre langue, notre ethnie...

La société que l’on nous propose aujourd’hui c’est le retour à l’instabilité sociale, internationale, couplé d’un désastre écologique trop longtemps écarté du débat. La rigueur que l’on nous propose aujourd’hui est un danger pour ces trois secteurs : ce sont eux qui subissent les coupes majeurs, étant donné leur non-rentabilité économique à court terme. Nous avons suffisamment fait marche arrière pour nous rendre compte qu'il est plus envieux d'aller de l'avant, et nous n’avons plus le temps ni d’envoyer des «signaux aux marchés», ni d’attendre que ceux-ci redéfinissent leur vision de la société. C’est au peuple de choisir, la démocratie ne connait pas de gouvernement technique ou de règle d’or, encore moins lorsque ceux-ci sont à l’origine de la crise dont on cherche à sortir.

 

Ange Chevallier

 

PS : Tous les thèmes abordés sont à débattre, les réactions sont bienvenues, y compris pour demander un éclaircissement sur ma position.