Il serait absurde de dire que le gouvernement chôme ces temps-ci en matière de communication. Ces dernières semaines ont été très fournies en propositions et en déclarations chocs suivant la méthode habituelle de Nicolas Sarkozy. Je ne réagis que rarement aux invectives du président et de son entourage pour éviter de tomber dans un anti-sarkozysme primaire mais ces derniers temps ont été assombris par une vague d'annonces nauséabondes, racistes, xénophobes, antisociales et surtout hypocrites. C'est pourquoi je reviens sur les annonces sécuritaires de cette période estivale qui, me semble-t-il, sont perpétrées pour masquer un autre débat bien plus proche d'une réalité sociale et économique dérangeante que les politiques peinent à contenir.

 

S'en va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine...

Le 21 Juillet dernier, le Chef de l'État déclare la "guerre" contre "les trafiquants" après les émeutes qui ont secoué Grenoble suite à la mort d'un braqueur originaire d'une cité de la ville le 16 Juillet ainsi qu'après les émeutes de Saint-Aignan le 18 Juillet mettant en scène des "gens du voyage" qui, eux aussi, ont vengé un malfrat abattu par la police (dans des circonstances à élucider) en s'en prenant à la gendarmerie ainsi qu'à certains commerces. Le ministre de l'intérieur Brice Hortefeux se rend le 19 Juillet sur le terrain pour condamner ces actes et réaffirmer la volonté du gouvernement de lutter contre l'insécurité en soulignant le dispositif de 300 gendarmes et de 2 hélicoptères déployés pour sécuriser les environs de Saint-Aignan.

C'est là que commencent les casseroles. Le 30 Juillet, Nicolas Sarkozy annonce que la "nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un fonctionnaire de police ou d'un militaire de la gendarmerie". Loin de ses discours rassembleurs de la campagne de 2007, il sous-entend par cette phrase qu'un citoyen français "d'origine étrangère" (on ne connait pas la réelle définition de cet adjectif) serait vu différemment face à la justice qu'un "français français". Pourtant le tout premier article de notre constitution assure "l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion"...

Cela souligne deux choses: premièrement M Sarkozy n'a pas confiance en la justice de son pays car il ne cesse de s'y immiscer à grand coup de réformes pénales. Deuxièmement il croit que les seules justice et répression vont permettre de contenir une situation instable, qui peut s'embraser à tout moment étant donné la stigmatisation et donc la mise à l'écart de certaines "communautés" vis à vis de notre société. La stigmatisation des étrangers et l'impuissance sociale du gouvernement actuel font que la surenchère sécuritaire de celui-ci est totalement vide de sens et n'aboutira à rien de plus qu'une guerre sans vainqueur.

L'épisode de Saint-Aignan a, lui, donné lieu à l'accélération des expulsions de Roms en situation irrégulière. Il s'agit là encore d'une déclaration d'impuissance de la part du gouvernement qui a décidé que l'on éradiquait la misère en la déplaçant chez les autres. La phrase de Michel Rocard "la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde" a évidemment été reprise ces derniers temps pour amadouer le profane en faisant l'emporter son égoïsme étant donné qu'il manquait l'autre partie de la phrase "mais elle doit savoir fidèlement en prendre sa part". Et la fidélité, on en est loin.

 

...jamais ne reviendra.

L'antistratégie de l'UMP Sarkoziste est payante: l'ONU, la presse étrangère et même le Pape condamnent les expulsions des Roms et plus généralement les propos sur les étrangers, des propos qui sont "une tâche de honte sur notre drapeau" selon Dominique de Villepin qui s'est exprimé au sein d'une tribune dans le Monde le 23 Aout. La droite est divisée et même Amine, l'Auvergnat d'origine maghrébine mis en avant par Brice Hortefeux ("quand il y en a un ça va, c'est quand il y en a beaucoup que ça pose des problèmes") a expliqué qu'il quittait l'UMP pour le mouvement de M de Villepin suite aux récentes déclarations.

Hortefeux persiste et signe dans une autre tribune du quotidien Le Monde, Rachida Dati dénonce "l'amalgame entre immigration et délinquance", le Clergé attaque Hortefeux, Ségolène Royal ressort son programme sécurité de 2007, Valls dénonce les "propos indécents" de Brice Hortefeux, certains procureurs ou magistrats s'en prennent explicitement à la politique menée contre les minorités, Raffarin (président de l'UMP) prend aussi part à la critique... Il est difficile de dénicher un autre tollé d'une si grande ampleur dans les trois années de présidence de N. Sarkozy.

Ce dernier a profité des évènements des 16 et 18 Juillet pour se débarrasser de l'affaire Woerth-Bettancourt et préparer le terrain pour la réforme des retraites début septembre. C'était sans compter le chavirement raciste et xénophobe des annonces qui ont suivi. Il est probable que le président rentre de vacances très abimé par cette série d'erreurs malsaines et le remaniement ministériel devra être profond s'il veut espérer récupérer la confiance des français. Le maintient d'Hortefeux et de Woerth dans le gouvernement seraient deux fautes graves.

 

Quelle réponse aux problèmes?

Qu'en est-il de nos fauteurs de trouble de Saint Aignan et de Grenoble? Il ne faudrait pas les laisser se cacher au sein de la fronde qu'essuie actuellement le gouvernement. La justice? Elle fera son travail. Le problème de la justice c'est qu'elle arrive, comme nombre de propositions sécuritaires du gouvernement, après la bataille. Le durcissement des peines voulu par ce dernier voudraient que les délinquants réfléchissent mieux avant de commettre un méfait "si je fais ça je risque ça". Pourtant on constate qu'après 8 ans de "délinquance zéro", le constat est toujours le même et le brasier semble même être plus apte à prendre feu au fil des surenchères.

L'autre moyen d'éviter ce genre de violence c'est d'une part assurer une stabilité sociale (plein emploi, égalité...) dont l'obtention totale est utopique et d'autre part de prévenir par l'éducation plutôt que par la répression. Il est évident que la politique du rabot opérée par Nicolas Sarkozy et son gouvernement n'aidera pas à avancer vers une stabilité sociale et encore moins vers une éducation digne de ce nom. Loin de l'angélisme que l'UMP étiquette à la gauche, les propositions d'alternative au tout sécuritaire, au caméras de "vidéoprotection" (ex-vidéo surveillance) et à la surcharge carcérale ne manquent pas. Il faut aussi se poser la question suivante: le problème sécuritaire n'est-il pas un "non-problème"? Si la France est "le pays le plus sûr du monde", pourquoi alors faire tout un baroud dès lors qu'un fait divers se fait entendre? Le problème ici est le ton que prennent ces "révoltes communautaires" lorsqu'un individu (même hors la loi) est abattu par les forces de l'ordre: ici les jeunes de banlieue vengent l'un des leurs et là les roms vengent l'un des leurs. N'y a-t-il pas un lien entre la stigmatisation venant de l'État et les "émeutes" ponctuelles envers l'appareil défensif de ce même État?

Les expulsions de Roms quant à elles soulèvent la question éternelle de la liberté de circulation. À priori, ceux-ci sont libres de circuler et de rester en France selon certaines conditions (trouver un emploi au bout de trois mois de présence par exemple) mais il s'avère que l'accueil fait aux Roms n'est pas adéquat avec la vie nomade qu'adopte cette communauté. Je ne cesse de penser qu'il est totalement absurde de fermer les frontières au temps du néolibéralisme et des délocalisations qui recherchent la main d'oeuvre bon marché. Le libéralisme économique se joue totalement des autres libertés. Le pseudo-libéralisme rompt en effet avec ses valeurs de liberté dès lors qu'il empêche les hommes de fuir la pauvreté pour gagner un pays plus riche (c'est pourtant leur liberté). Les migrations sont le symptôme d'une inégalité Nord-Sud toujours aussi flagrante qu'aucun politique n'a encore osé ou voulu ébranler une fois pour toute. Ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui changera quoique ce soit au problème migratoire, surtout s'il prend le problème dans le mauvais sens.

Ange Chevallier

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