J'apprends à l'instant que le premier ministre François Fillon souhaite geler les dépenses de l'État durant trois années pour lutter contre le déficit. Le paradigme néolibéral serait donc encore en action? Rien n'est plus sûr. La politique de dégraissage omet un principe de justice qui parait tout à faire logique: lorsqu'il faut resserrer la ceinture, ce sont les plus larges ceintures qui doivent donner l'exemple avant tout.

 

La Grèce s'embrase: une aubaine pour le plan d'austérité budgétaire français

Depuis quelques mois, la Grèce est en proie à une dévaluation de la crédibilité quant à sa gestion des finances. Le chute a débuté fin 2009, lorsque le gouvernement grec a dévoilé un déficit beaucoup plus important que prévu. La note de solvabilité de la Grèce a alors dégringolé, entrainant un cercle vicieux (si la notation baisse, les taux d'intérêts augmentent et du coup entrainent une difficulté plus forte de remboursement et donc...la notation baisse). La Grèce a récemment affirmé ne plus pouvoir emprunter à des taux d'intérêts décents et donc ne plus pouvoir satisfaire le remboursement futur de sa dette sans une aide extérieure.

Dès lors, les États européens sont partis au secours de la Grèce, avec plus ou moins de réticence (notamment de la Chancelière allemande, en proie à une période électoraliste), pour proposer une aide de plus d'une centaine de milliards d'euros avec la participation du FMI. Les pays européens vont donc eux-même emprunter à des taux raisonnables pour pouvoir prêter à la Grèce à des taux inférieurs à ceux du marché. Au passage, les États vont se faire de l'argent sur la dette grecque en proposant des taux supérieurs à ceux d'achat, mais ça c'est un autre débat. En échange de cela, la Grèce a lancé un plan d'austérité qui lui vaut actuellement de forte réticences populaires (les trois morts à Athènes hier en marge des manifestations en sont l'illustration la plus marquante).

Cette crise des finances grecques a entraîné une peur au niveau de différents états européens comme le Portugal et l'Espagne mais aussi l'Italie, et l'Irlande. La France elle-même n'est pas à l'abris d'un phénomène "domino" d'autant plus qu'elle devient, avec le plan d'aide, une victime potentielle d'un défaut de paiement grec. Du coup, le plan de réduction des dépenses publiques que la France a entreprit depuis plusieurs années se voit renforcé aujourd'hui par l'annonce d'un gèle des dépenses publiques par le premier ministre François Fillon sur trois ans. La crise grecque est donc une aubaine pour le gouvernement et ses mesures d'austérité qui se voient crédibilisées par la menace de la dévaluation des notations.

 

Le néolibéralisme doit-il être remis en cause?

De là on peut se poser un certain nombre de questions. Le plan d'austérité qui se voit renforcé aujourd'hui vise principalement à remettre en cause chaque euro dépensé par l'état en fonction de son efficacité (selon les termes du premier ministre). Autant dire que les institutions en première ligne sont (comme toujours) l'éducation, la santé, les aides à l'emploi etc. qui sont déjà bien mal en point actuellement. La politique de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite est aussi maintenue jusqu'en 2013. Mais le premier ministre a bien précisé que le gèle s'effectuerait "hors charge d'intérêt de la dette" ce qui montre une fois de plus que tout le monde n'aura pas à se serrer la ceinture.

Les intérêts de la dette c'est le surplus que l'on paye lorsque l'État emprunte de l'argent. L'État empruntant à des établissement bancaires, à des citoyens lambdas, d'autres États ou à des institutions comme le FMI, on se doute bien que cet argent va se retrouver dans les poches des individus les plus fortunés (ceux qui ont de quoi prêter) donc des rentiers et différents établissements bancaires. Il faut savoir que lorsque l'on emprunte aux banques, celles-ci empruntent elles-mêmes aux banques centrales à des taux d'intérêts préférentiels. Elles revendent ensuite le prêt à un taux plus élevé et récupèrent la différence sur le dos de l'État emprunteur (avant les années 80, l'État empruntait directement aux banques centrales sans passer par les banques privées).

Il y a donc un problème de logique dans le système actuel: la crise des déficits profite aux banques et aux grosses fortunes alors qu'elle grignote petit à petit le bien être des peuples qui sont soumis aux cures budgétaires. D'autant plus que ces mêmes grosses fortunes sont protégées par le bouclier fiscal instauré en 2007 par Nicolas Sarkozy. Les plus fortunés ne devraient-ils pas être les premiers se devant de resserrer la ceinture? Évidemment, cela irait à l'encontre du programme néolibéral qui vise à réduire au maximum les dépenses de l'État.

 

Vers une concertation mondial

C'est là que sort l'argument choc de la mondialisation. Si l'on impose trop les grosses fortunes, elles vont fuir vers les paradis fiscaux (à l'instar de Johnny). Oui mais quels sont les efforts des politiques quant à la réglementation économique? S'ils s'efforcent de diminuer les dépenses sociales, de légiférer sur la Burqa, de sécuriser (ou pas) les banlieues, de réformer les territoire, on les voit rarement tenter de former un accord de régulation par rapport aux paradis fiscaux et autres gouffres où vont se cacher les plus grosses fortunes.

Le premier effort à faire à la vue de cette crise des déficit est donc bel et bien dans la formation d'un accord mondial de régulation. Une suppression des paradis fiscaux donnerait la possibilité aux États de retrouver leurs fortunés et donc des recettes fiscales conséquentes. C'est là dessus qu'il faut jouer en premier: non pas diminuer les dépenses mais augmenter les recettes (sans augmenter le taux d'imposition de la majeur partie de la population). Il faut aussi revoir le modèle de financement de la dette publique (qui est plombée par les taux d’intérêt). Cette idée de plaira pas au néolibéraux, mais si la liberté tant prônée est réservée aux rentiers et aux banques, sa légitimité doit être revue.

Il est évident qu'un tel accord de régulation ne peut se faire sans un consensus de tous les États. Vu comment a capoté la conférence de Copenhague sur le climat, je n'ose imaginer le déroulement d'un sommet sur une régulation économique mondiale. Cependant les efforts doivent être faits vers un tel accord sans quoi les États risquent de continuer à foncer vers un mur sur lequel les tensions sociales sont criantes. Les événements grecs d'hier ne laissent rien présager de bon sur la crise sociale que risque d'engendrer le plan d’austérité.

 

Et j'oubliais, il y a aussi une marge de manoeuvre assez signifiante à grignoter sur les salaires des hauts fonctionnaires d'état, et sur les cumuls de portefeuille, ainsi que sur les dépenses superflues des différentes hautes administrations de l'État. Car je conçois qu'il y a des abus de biens dans tous les domaines de la société (la lutte contre les niches fiscales annoncée par le premier ministre est donc louable), mais plus les individus appartiennent à des franges élevées du pouvoir, plus ces abus sont importants et pourtant ce sont les moins exposés à une possible restriction. Bien sur je doute fort que notre ministre ait pensé à demander aux députés, à ses collaborateur ni à lui-même de se serrer la ceinture avant de proposer de supprimer des postes dans l'éducation, l'armée, la police, la santé, etc. etc. etc.

 

A.C.