Mr. Ange's blog

08 février 2012

"Douce France"...ou la réponse à l'indécence d'un ministre de la République

J'accompagne cet article de ma nouvelle création musicale, "Douce France", dont j'ai commencé la rédaction et la composition il y a près d'un an alors que j'étais en Haïti, marqué à l'époque par les attaques déjà indécentes de M. Hortefeux vis à vis des communautés de roms. L'article vient, quant à lui, en réaction à la polémique récente de M. Guéant envers la communauté musulmane.


J'espère représenter en ces lignes une large partie de la population française, celle qui ne se reconnait pas dans les propos récents de notre Ministre de l'Intérieur quant à une sous-entendue hiérarchisation des cultures. Tout d'abord je tiens à préciser qu'il ne s'agit pas ici de débattre sur la terminologie utilisée par M. Guéant, ou sur les diverses interprétations que l'on peut faire de ses propos. Admettons donc d’emblée le fait que ces quelques phrases ont implicitement attaqué la religion musulmane même si l'hypocrisie a fait qu'aucune déclaration ne l'a expressément confirmé.

Mon message se veut contrer ces propos non pas dans la volonté de promouvoir un bord politique ou une quelconque organisation de défense d’une communauté, mais dans l'idée de défendre les valeurs de notre pays, celles que l'école républicaine et laïque m'a enseignées et que l'on continue de m'enseigner à l'heure actuelle sur les bancs de l'université. Je cherche également à défendre la jeunesse et son avenir, en reniant sans aucune ambiguité les ministres qui osent dire représenter la France alors qu’ils bafouent les principes fondamentaux sur lesquels repose notre pays.



Ne souhaitant pas faire de cet article une éponge pour érudits, j’en viendrai en premier lieu à mes sentiments, aussi subjectifs soient-ils. Le fait est que les relents nationalistes du parti au pouvoir et des ministres qui se sont succédés au (feu) ministère de l’Immigration sont indignes, à mes yeux, de la France qu’ils se doivent de représenter par le biais de leur éminente fonction. Ce glissement vers le terrain de jeu du Front National est d’une évidence flagrante, et il dure depuis plusieurs années déjà. Or la campagne des présidentielles étant lancée, nos ministres ont d’ores et déjà accéléré leurs diverses stratégies pour aller faire la cour aux électeurs nationalistes.

Cependant il semblerait que l’UMP ne fasse pas la bonne analyse : ils croient naïvement que les français votent FN par simple xénophobie, alors que Marine Lepen tente depuis quelques temps déjà de maquiller son discours par des teintes sociales qui font largement écho aux français —ce malgré quelques rechutes xénophobes. La stratégie de l’UMP est donc de conquérir une portion non seulement décroissante de l’électorat FN mais qui de toute façon ne fera sûrement jamais confiance au parti au pouvoir pour défendre l’idéologie qu’elle défend.

Mais, outre le fait que cette stratégie me semble vaine (libre aux stratèges de l’UMP d’interpréter la réalité comme ils l’entendent), ce qui me dérange c’est le fait qu’un ministre de la république s’adonne à une campagne visant l’électorat extrémiste alors qu’il est encore en fonction. Comment peut-on se permettre d’attaquer implicitement une civilisation entière alors qu’on est censé représenter la France et donc les citoyens français sans aucune distinction ? Comment peut-on avancer une théorie évolutionniste passée d’un demi-siècle alors que tant de scientifiques, de chercheurs se sont attelés à démanteler cette idée de hiérarchisation des cultures ?

Et même si l’on admettait cette idée saugrenue, en quoi la civilisation occidentale qui détruit tant de vies au Moyen-Orient pourrait-elle se permettre des leçons de morale ? N’est-il pas temps d’assumer les erreurs plutôt que de mettre en péril notre avenir en confrontant entre elles des civilisations ? Je suis convaincu par expérience personnelle que toutes les cultures ont à apprendre les unes des autres, qu’elles ont tout à gagner à se partager leurs savoirs et qu’elles ont tout à perdre à se confronter. Et je n’ai pas envie que mon avenir soit menacé par les propos indécents proférés par un ministre en campagne.



Outre cette dimension purement sentimentale, il est nécessaire de traiter ici la légitimité de l’acharnement perpétré envers les étrangers en France. Au nom de quoi Marine Lepen ou Claude Guéant pourraient-ils faire des étrangers les boucs-émissaires de nos maux et par la même occasion stigmatiser tous les français qui auraient une origine ou une confession visées par ces propos ?

L’argument d’une défense de l’identité culturelle est paradoxal dans la mesure où une culture construit son identité et sa puissance en fonction de la perception que peuvent en avoir les autres, or dénigrer de la sorte une grande frange de l’humanité, c’est décrédibiliser tous les principes et valeurs véhiculés par la civilisation que l’on prétend défendre. L’argument économique est également souvent avancé, mais il est nul et non-avenu. Une équipe de chercheurs de l’université de Lille, dirigée par le Professeur Xavier Chojnicki, a d’ailleurs calculé que l’immigration rapportait 12,4 milliards d’euros à l’économie française en 2009. Les seuls étrangers que l’on pourrait donc pointer du doigt sont ceux qui possèdent la majeur partie de la dette française et à qui l’on reverse chaque année des intérêts faramineux dans la mesure où notre financement public est soumis à l’humeur de ces entités privées qui ont tôt fait de placer à l’étranger les fonds récoltés sur le dos des contribuables français.

Pourquoi je parle de la dette dans un récital contre la xénophobie ? Parce que toutes ces poussées extrémistes au sein de l’Union sont le fruit de la politique d’austérité imposée par les idéologues libéraux (qui n’ont, rappelons le, de libéral que le nom). Voyez l’Autriche qui régresse, voyez l’Espagne qui régresse, voyez Athènes, berceau de la démocratie, en tisser aujourd’hui le linceul. Et que dire de la France quand on entend ces paroles malsaines ? Je n’ai pas la prétention de vouloir changer la mentalité des 20% de votants de Mme Lepen, en revanche ces lignes sont là pour soutenir ceux qui ne se retrouvent pas dans toute cette insalubrité politique, ce déversoir de haine, cela en leur rappelant qu’ils ne sont pas les seuls à le penser.

Et je ne suis pas non plus fataliste face à la crise actuelle, je sais qu’il existe des alternatives à l’austère traitement que la quasi-totalité des médias dépourvus de réflexion critique passent leur temps à promouvoir. Je sais que nous avons d’autres voies que celles de réduire à néant les avancées sociales sous prétexte qu’ailleurs « ils sont plus compétitifs ». Avant d’entrer dans la compétition, osons demander quel trophée obtient le vainqueur. S’il s’agit de niveler la société vers le bas économiquement, culturellement et socialement, je ne participerai pas à votre compétition. Mais proposez-moi une société qui avance, je serai le premier à travailler davantage.



Ange Chevallier


 




15 janvier 2012

2012 : quand les peuples devront choisir.

J'ai mis en ligne cet article dans le but de faire réagir face aux divers problèmes qui se posent actuellement, et que nous devront considérer lors du choix du futur président en mai 2012. Ainsi son caractère généraliste est volontaire mais nécessaire pour poser ce qui devrait être selon moi au coeur des débats en 2012 : la proposition d'une alternative au système de financement actuel basé sur l'endettement qui annihile les efforts sur trois dossiers brûlants que sont la transition écologique (largement écartée de la campagne), l'emploi (duquel selon moi également le thème de la sécurité) et la dégradation des institutions communes (éducation, santé, justice, transports...).


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L'ère dans laquelle nous entrons s'est construite autour d'un pessimisme ambiant et d'un refus de regarder la réalité en face. Ce déni couplé de défaitisme a nourri notre génération de pensées négatives, encourageant l'ignorance et le dénigrement de l'autre en usant de la technique du bouc émissaire dès lors qu’on ne sait à qui d’autre rejeter la paternité des maux dont nous souffrons. Force est de constater que nous n'avons plus le courage de nous regarder dans un miroir en acceptant les conséquences de nos actes. Force est de constater que nous sommes désormais prêts à mettre un terme à nos plus anciennes valeurs, au profit d'une influence massique ne considérant plus les sciences empiriques et les morales culturelles comme moteurs. Désormais notre éthique se construit en prenant comme seul but un rendement économique totalement irrationnel eu égard de la situation de la majorité des individus qui y adhèrent consciemment ou inconsciemment.

 

Dénigrement de notre héritage historique

Notre société s'était donné pour but de poser de nouvelles bases économiques et sociales à la sortie de la seconde guerre mondiale. Nos aïeux avaient alors pour volonté de re-fonder les bases de la société, en profitant d’une nouvelle donne offerte par la guerre. Après trois décennies de développement faste (voire parfois abusif d'un point de vue écologique) et d'avancées sociales, l’engrenage s'est à nouveau empêtré dans la logique marchande à la fin des années 70.

Sans prendre conscience des conséquences dramatiques qui étaient en genèse, les pays entreprirent un à un le chantier de démantèlement des acquis sociaux. Ces acquis avaient été conquis au cours des siècles aussi bien en occident par les luttes sociales que dans le tiers-monde par la décolonisation (puis les luttes sociales). En Europe, les dirigeants choisirent le parti de l'économie irrégulée en offrant aux banques commerciales un des deux leviers de la création monétaire. Ils donnèrent à des instances incontrôlables (les banques privées) cette arme, afin de se dédouaner de toute responsabilité d’une éventuelle sur-inflation tant redoutée (dont les fondements sont plus idéologiques que scientifiques). Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la «planche à billet» a continué à fonctionner, en engraissant finalement les patrimoines et les fortunes déjà largement hors de toute proportion raisonnable, et en créant les bulles spéculatives à l'origine des diverses crises de ces dernières décennies (internet en 2000, immobilier en 2008...).

En même temps, ces (très très) grandes fortunes ont fui et continuent de fuir dans les paradis fiscaux, cela en invoquant la liberté. Les politiques fiscales qui suivirent —et qui ont perduré jusqu’au bouclier fiscal en France— ont largement réduit les taxations des revenus et des patrimoines les plus conséquents, en mettant ainsi au pied du mur toutes les institutions non-rentables de la société et en faisant augmenter petit à petit les dettes publiques européennes. Ces institutions ayant pourtant pour rôle de maintenir un climat social apaisé, de faire évoluer la société et de permettre au système marchand de favoriser les échanges matériels et immatériels entre les populations (et, selon les cultures, faire évoluer ou stabiliser les conditions de vie des populations).

 

La liberté contre la liberté

C’est au nom de cette liberté que cette mondialisation économique a eu lieu. Ce terme «liberté» a été pris et repris par certaines doctrines économiques afin d'endormir les contestations populaires. Qui peut s'opposer à la liberté ? Le fait est que cette liberté n'a été octroyée que par et pour une poignée d'individus et de pays, cela dans le seul but de mieux profiter des populations chez lesquelles la lutte sociale n'avait pas encore été menée. Aujourd'hui d'ailleurs, le terme "compétitivité" tant martelé par les politiques insinue un nivellement par le bas du niveau social, cela afin de s'aligner sur les modèles des pays les plus pauvres socialement.

La première phase de la mondialisation n'a été que le théâtre d'un déplacement de la recherche de main d'oeuvre vers les pays les moins avancés socialement, cela afin d'éviter la justice sociale naissante ou déjà installée dans les pays occidentaux. Les entreprises se sont affranchies des frontières, et en contrepartie, il a été choisi de combattre la liberté des individus par toutes les voies imaginables. Sur certaines frontières se hissent désormais des murs de plus en plus imposants, installés pour éviter l'immigration massive —et légitime— des pays en difficulté vers les pays à fort capital accumulé.

Les libertés de penser et d'agir on été annihilées par le développement des campagnes de communication massives pour l'achat de produits de consommation dont l'utilité a été inventée et insinuée par ces mêmes campagnes. Les cultes ont été et sont stigmatisés afin de mieux faire apparaitre des boucs émissaires. Je pense notamment à la campagne politiquo-médiatique occidentale contre la religion musulmane dont on cherche à faire la fautive de tous les maux en omettant d'envisager les actes extrémistes comme une simple réponse à l'occupation occidentale dans les pays pétrolifères. La liberté enfin, on l'a vue se perdre dans l'installation de milliers de caméras souvent dénoncées comme couteuses et inutiles, cela afin d’apaiser faussement les individus en leur faisant aspirer à une société parfaite dans laquelle les crimes n'existeraient pas.

 

Les dettes et les grands capitaux

Le fait est que cette croyance en un ultra-libéralisme économique censé "développer" les pays qui s'y plient a désormais une place considérable dans les esprits et dans les pays. Pourtant si rien n'est fait aujourd'hui, cette construction du monde est vouée à nous mener à une série de conflits (entre les peuples et contre la nature au pire et à un seul conflit contre la nature au mieux). Cette logique a effectivement poussé les pays dans une spirale d'endettement envers les détenteurs des capitaux financiers, qui n'ont pour seule logique que le rendement économique à court terme.

Aucun dirigeant n'a eu pour l'instant le courage de demander une redistribution des richesses afin de mieux concentrer les efforts vers la transition écologique qu'impose notre mode de vie sur-consumériste, vers la paix sociale et vers la libération économique des pays en difficulté. Les grands capitaux détiennent la masse monétaire qui pourrait débloquer la situation, mais ne l'octroient que par le biais de prêts (et de quelques pseudo-dons de bonne conscience) et les États ne disposent d'aucune marge de manœuvre du fait de la dette qu'ils se sont eux-même imposés en abaissant les taxations des hauts revenus. Il est devenu évident que seule une redistribution des capitaux par le biais d'une dilapidation des très grandes fortunes et d'une abolition des paradis fiscaux pourrait permettre aux États —donc aux peuples— de construire une nouvelle société plus saine en investissant massivement dans des secteurs de bien commun.

La sur-accumulation des capitaux est arrivée à son paroxysme et l'irrationalité des marchés a prouvé qu'on ne pouvait pas faire davantage confiance à des individus qu'à des États quant à l'utilisation de la plus-value de richesse créée par les travailleurs. Cette plus-value est utilisée à mauvais escient dans la spéculation, ou bien elle est investie dans l’endettement (public et privé) ou encore va simplement dormir dans les paradis fiscaux. Il est désormais nécessaire de redonner la gestion de ces capitaux à ceux qui les ont créés, c'est à dire les travailleurs, tout en leur permettant de choisir ensemble l’utilisation qu’ils souhaitent en faire. Sans pour autant créer une société égalitariste bolchévique qui n'est guère différente du système actuel (l'oligarchie économique néolibérale et la toute puissance étatique communiste freinent toutes deux l'avancement de la société).

 

Les travailleurs et la rigueur

J'entends par travailleur tous les individus qui mettent leurs compétences intellectuelles et manuelles au service de la société. Cela va du médecin à la femme de ménage, de l'instituteur au cadre commercial, du ministre au membre d'association, de l’ouvrier au chômeur actif (qui se rend utile en cherchant un emploi ou par un autre biais), du retraité à l’étudiant...Tous les individus qui participent un tant soit peu à la construction, l’évolution ou à la maintenance de la société doivent recevoir leur part relative de gâteau en fonction des besoins, de la compétence et de l'investissement personnel.

Pourtant aujourd'hui nous en sommes venus à accepter naïvement le fait que certains puissent jouir de capitaux colossaux sans avoir à travailler. Nous en sommes venus à accepter l'idée qu'un individu pouvait gagner plusieurs milliers de fois plus d'argent qu'un autre, sous prétexte qu'il a su faire fructifier son capital. Il est temps de rebattre les cartes afin de retrouver l'espérance que nous avions commencée à bâtir au sortir de la guerre. Il est temps de nous ouvrir à l’avenir en laissant loin de nous les préjugés que l'on nous laisse conférer aux individus "différents" de notre culture, notre religion ou a-religion, de notre nationalité, notre langue, notre ethnie...

La société que l’on nous propose aujourd’hui c’est le retour à l’instabilité sociale, internationale, couplé d’un désastre écologique trop longtemps écarté du débat. La rigueur que l’on nous propose aujourd’hui est un danger pour ces trois secteurs : ce sont eux qui subissent les coupes majeurs, étant donné leur non-rentabilité économique à court terme. Nous avons suffisamment fait marche arrière pour nous rendre compte qu'il est plus envieux d'aller de l'avant, et nous n’avons plus le temps ni d’envoyer des «signaux aux marchés», ni d’attendre que ceux-ci redéfinissent leur vision de la société. C’est au peuple de choisir, la démocratie ne connait pas de gouvernement technique ou de règle d’or, encore moins lorsque ceux-ci sont à l’origine de la crise dont on cherche à sortir.

 

Ange Chevallier

 

PS : Tous les thèmes abordés sont à débattre, les réactions sont bienvenues, y compris pour demander un éclaircissement sur ma position.

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11 janvier 2012

Haïti : Les richesses de la misère

12 janvier 2010. Le monde découvrait abasourdi les images provenant d’Haïti, petit pays des Caraïbes réputé pour être le plus pauvre des Amériques. Un violent séisme venait de secouer la capitale du pays déjà largement affaibli par des années d’instabilités politique, économique et sociale. Deux ans après ce drame qui a tué près de 300 000 personnes selon les estimations officielles des autorités haïtiennes, la situation est encore loin d’être résorbée. Pour comprendre la genèse de cette crise humanitaire (qui n’est pas uniquement un fruit de la nature, dans la mesure où un même séisme à Tokyo ne ferait pas autant de dégâts humains et matériels), il est nécessaire de revenir sur les fondements fragiles du pays. En outre, il faut également poser la question de la pertinence de l’aide humanitaire massive déployée depuis la catastrophe. De nombreux points sont en effet à soulever si l’on cherche à comprendre pourquoi le pays n’a pas encore réussi à se relever de l’évènement deux ans après, malgré les milliards de dollars de promesses de don déclarés à l’époque par la communauté internationale.

 

Dépendance/indépendance : le paradoxe de l’histoire haïtienne

Haïti, peu en avaient entendu parler avant le séisme, et c’est pourtant la première colonie qui a su faire flancher les forces françaises en 1802 et qui a proclamé de fait la première république noire de l’histoire en 1804. Si —par hasard— on vous aurait appris que la décolonisation avait démarré après la seconde guerre mondiale et bien détrompez-vous. Hélas notre ethnocentrisme historique n’en est pas à sa première omission : allez expliquer à un descendant d’amérindien que Christophe Colomb est le premier à avoir découvert l’Amérique et vous comprendrez. Évidemment il vous sera difficile de retrouver un descendant d’amérindien en Haïti étant donné que la plupart ont été massacrés par les Espagnols peu après leur arrivée. Ces derniers avaient alors décidé de repeupler l’île avec des esclaves amenés d’Afrique. Les français ont récupéré au XVIIème siècle la partie Ouest de l’île, les espagnols ayant abandonné l’espace dépourvu de minerais (la partie Est constitue aujourd’hui la République Dominicaine).

En 1794, l’esclavage est aboli en France suite à la révolte des esclaves qui débute en 1791...en Haïti. Il est rétabli par Napoléon Bonaparte en 1802. Cette même année, Napoléon envoie dans les Caraïbes 30 000 hommes dirigés par le Général Leclerc (l’autre) pour mater la rébellion. Cette dernière s’amplifie et s’organise suite au rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe. Le 1er janvier 1804, Jean-Jacques Dessalines proclame finalement l’indépendance d’Haïti. En 1825, la France accepte de reconnaître l’indépendance à condition que la nouvelle République lui verse 150 millions de francs-or. La suite de l’histoire est parsemée de coups d’état, d’occupations étrangères (États-Unis 1915-1934) et de dictatures (Duvalier père et fils 1957-1986). En 2004, l’ONU envoie une mission militaire de stabilisation de 10 000 hommes pour remplacer l’armée dissoute quelques années plus tôt. En 2008, le pays peine à faire face à plusieurs cyclones. En janvier 2010 Haïti subit un séisme, une épidémie de choléra (octobre 2010 à aujourd’hui, près de 7 000 morts) et une crise politique (fin 2010-début 2011). 

Ce rapide déroulé montre le paradoxe qui existe dans l’histoire d’Haïti. Le pays est en effet bâti sur une histoire dans laquelle le mot « indépendance » est pièce maitresse, et pourtant il se retrouve nombre de fois soumis à une pression ou une dépendance étrangère. Aujourd’hui, même si le pays est souverain dans les écrits, il reste soumis à une perfusion étrangère qui s’est largement accentuée depuis le séisme et dont la légitimité est critiquée par la population. La présence des casques bleus de l’ONU a, quant à elle, largement été remise en cause suite à l’introduction malheureuse de l’épidémie de choléra en Haïti par le biais d’un camp népalais des soldats de l’ONU.

 

Présence internationale en Haïti : ses apports et ses effets pervers

L’argent est peut-être un des enjeux principaux du problème actuel,c’est de là en effet qu’en vient une bonne partie et c’est de là également qu’il se résout (mais pas seulement). La manne financière générée par l’aide humanitaire ou l’aide au « développement » apporte autant d’effets pervers que de bienfaits. Le gâchis (inestimé par omission) est visible lorsque l’on additionne l’argent déversé dans les salaires des expatriés, les véhicules de fonction ou les logements de ceux-ci. Outre l’indécence et l’inégalité de traitement que peuvent ressentir les haïtiens en voyant défiler le « blan* » dans ses gros 4x4 climatisés, il faut savoir que seule une petite partie vient finalement participer à l’économie du pays (offrant du travail à quelques haïtiens —qui restent cependant largement sous-payés—, et faisant marcher le tourisme interne, le commerce...). La grande part de cet argent semble aller soit entre les mains des riches propriétaires d’entreprise ou de logements (loués pour des fortunes aux ONG étant donné la rareté des habitations en bon état), soit directement sur des comptes bancaires en occident, cela sans parler des probables détournements de fonds qui accompagnent généralement ce genre de situation. En outre, les bénéficiaires étant ceux-là même qui instaurent les règles, il est difficile de s’attendre à un changement interne rapide et conséquent des pratiques (légales ou illégales) en vogue actuellement.

Fort heureusement il n’y a pas que des abus, et malgré tout, les avancées sont là même si on peine à les voir. La présence étrangère est, par ailleurs, nécessaire dans la mesure où tous les domaines sont à reconstruire, voire à construire pour certains. De nombreuses actions ont permis de palier à l'urgence critique de la période post-séisme et de l'épidémie de choléra mais la problématique de la reconstruction est bien plus complexe dans la mesure où le pays seul ne dispose pas pour le moment des ressources nécessaires pour prétendre pouvoir se reconstruire dans les plans qui sont les siens. Il est donc nécessaire de penser dès maintenant à réguler correctement les actions des non-haïtiens afin de favoriser un développement par la formation et l’éducation et non pas par la tutelle ou la perfusion étrangère. Haïti doit non seulement être reconstruite un maximum par les haïtiens (évidence largement admise) mais surtout POUR les haïtiens et leurs intérêts, et je parle là de la population haïtienne dans son ensemble et non pas de la minorité dirigeante qui soigne déjà largement les siens.

 

La République d’Haïti n’est pas maudite

Et cette régulation passera par la reconstruction de ce qui se veut le pilier d’une république démocratique : la souveraineté du peuple. Vient alors le problème de la faiblesse de l’État haïtien. La reconstruction du pays est aujourd’hui partagée entre les entreprises privées, les ONG, les institutions internationales et les églises. L’État n’est pas capable de réguler tout ce flot d’acteurs, qui axent généralement leur politique selon des intérêts précis et forcément divergents. Il n’y a pas de plan global de reconstruction, malgré des programmes de coordination comme la Commission Intérimaire de Reconstruction d’Haïti (CIRH). Enfin, comme l’ont montré les difficultés du nouveau Président à former un gouvernement malgré l’urgence, l’inertie d’un tel système risque d’être longue et douloureuse, notamment pour les victimes qui n’ont pas encore eu l’occasion de quitter les camps de réfugiés de la capitale et de ses alentours. Cependant l’espoir sur lequel repose la légitimité du Président élu l’année dernière est grand, et malgré la présence d’une opposition au parlement, Michel Martelly semble faire son possible pour le pays qui l’a porté au pouvoir à la suite de grandes manifestations populaires contre des fraudes électorales fin 2010/début 2011.

La République d’Haïti n’est donc pas maudite, quoiqu’en disent certains. Elle est le fruit d’une suraccumulation de conflits d’intérêts entre ses dirigeants, les nations, les ONG, les églises... C’est un exemple on ne peut plus criant d’un système où chacun cherche à imposer on point de vue cela au détriment du peuple, qu'il y ait ou non les meilleures intentions du monde. Haïti saura se relever car son histoire, sa culture, sa peinture, sa littérature, sa musique, sa sculpture démontrent la non-résilience et la puissance créatrice de son peuple. Mais il est nécessaire de présenter au monde cette autre facette d’Haïti, bien plus complexe que celle présentée par certains médias généralistes qui étiquettent Haïti à une simple image de catastrophes et de misère. Aussi permettez moi cet hommage à Haïti, aux disparus du 12 janvier, aux blessés, aux survivants, aux aidants, à tous ceux qui m’ont fait découvrir la richesse implicite du pays, celle qui ne saute pas aux yeux, qui ne s’achète pas.

 

Ange Chevallier

 

 

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L'intérieur de la cathédrale Notre Dame, à Port-au-Prince,
plus d'un an après le séisme du 12 janvier 2010.

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10 septembre 2010

Sécurité: M. Sarkozy est en danger

Il serait absurde de dire que le gouvernement chôme ces temps-ci en matière de communication. Ces dernières semaines ont été très fournies en propositions et en déclarations chocs suivant la méthode habituelle de Nicolas Sarkozy. Je ne réagis que rarement aux invectives du président et de son entourage pour éviter de tomber dans un anti-sarkozysme primaire mais ces derniers temps ont été assombris par une vague d'annonces nauséabondes, racistes, xénophobes, antisociales et surtout hypocrites. C'est pourquoi je reviens sur les annonces sécuritaires de cette période estivale qui, me semble-t-il, sont perpétrées pour masquer un autre débat bien plus proche d'une réalité sociale et économique dérangeante que les politiques peinent à contenir.

 

S'en va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine...

Le 21 Juillet dernier, le Chef de l'État déclare la "guerre" contre "les trafiquants" après les émeutes qui ont secoué Grenoble suite à la mort d'un braqueur originaire d'une cité de la ville le 16 Juillet ainsi qu'après les émeutes de Saint-Aignan le 18 Juillet mettant en scène des "gens du voyage" qui, eux aussi, ont vengé un malfrat abattu par la police (dans des circonstances à élucider) en s'en prenant à la gendarmerie ainsi qu'à certains commerces. Le ministre de l'intérieur Brice Hortefeux se rend le 19 Juillet sur le terrain pour condamner ces actes et réaffirmer la volonté du gouvernement de lutter contre l'insécurité en soulignant le dispositif de 300 gendarmes et de 2 hélicoptères déployés pour sécuriser les environs de Saint-Aignan.

C'est là que commencent les casseroles. Le 30 Juillet, Nicolas Sarkozy annonce que la "nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un fonctionnaire de police ou d'un militaire de la gendarmerie". Loin de ses discours rassembleurs de la campagne de 2007, il sous-entend par cette phrase qu'un citoyen français "d'origine étrangère" (on ne connait pas la réelle définition de cet adjectif) serait vu différemment face à la justice qu'un "français français". Pourtant le tout premier article de notre constitution assure "l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion"...

Cela souligne deux choses: premièrement M Sarkozy n'a pas confiance en la justice de son pays car il ne cesse de s'y immiscer à grand coup de réformes pénales. Deuxièmement il croit que les seules justice et répression vont permettre de contenir une situation instable, qui peut s'embraser à tout moment étant donné la stigmatisation et donc la mise à l'écart de certaines "communautés" vis à vis de notre société. La stigmatisation des étrangers et l'impuissance sociale du gouvernement actuel font que la surenchère sécuritaire de celui-ci est totalement vide de sens et n'aboutira à rien de plus qu'une guerre sans vainqueur.

L'épisode de Saint-Aignan a, lui, donné lieu à l'accélération des expulsions de Roms en situation irrégulière. Il s'agit là encore d'une déclaration d'impuissance de la part du gouvernement qui a décidé que l'on éradiquait la misère en la déplaçant chez les autres. La phrase de Michel Rocard "la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde" a évidemment été reprise ces derniers temps pour amadouer le profane en faisant l'emporter son égoïsme étant donné qu'il manquait l'autre partie de la phrase "mais elle doit savoir fidèlement en prendre sa part". Et la fidélité, on en est loin.

 

...jamais ne reviendra.

L'antistratégie de l'UMP Sarkoziste est payante: l'ONU, la presse étrangère et même le Pape condamnent les expulsions des Roms et plus généralement les propos sur les étrangers, des propos qui sont "une tâche de honte sur notre drapeau" selon Dominique de Villepin qui s'est exprimé au sein d'une tribune dans le Monde le 23 Aout. La droite est divisée et même Amine, l'Auvergnat d'origine maghrébine mis en avant par Brice Hortefeux ("quand il y en a un ça va, c'est quand il y en a beaucoup que ça pose des problèmes") a expliqué qu'il quittait l'UMP pour le mouvement de M de Villepin suite aux récentes déclarations.

Hortefeux persiste et signe dans une autre tribune du quotidien Le Monde, Rachida Dati dénonce "l'amalgame entre immigration et délinquance", le Clergé attaque Hortefeux, Ségolène Royal ressort son programme sécurité de 2007, Valls dénonce les "propos indécents" de Brice Hortefeux, certains procureurs ou magistrats s'en prennent explicitement à la politique menée contre les minorités, Raffarin (président de l'UMP) prend aussi part à la critique... Il est difficile de dénicher un autre tollé d'une si grande ampleur dans les trois années de présidence de N. Sarkozy.

Ce dernier a profité des évènements des 16 et 18 Juillet pour se débarrasser de l'affaire Woerth-Bettancourt et préparer le terrain pour la réforme des retraites début septembre. C'était sans compter le chavirement raciste et xénophobe des annonces qui ont suivi. Il est probable que le président rentre de vacances très abimé par cette série d'erreurs malsaines et le remaniement ministériel devra être profond s'il veut espérer récupérer la confiance des français. Le maintient d'Hortefeux et de Woerth dans le gouvernement seraient deux fautes graves.

 

Quelle réponse aux problèmes?

Qu'en est-il de nos fauteurs de trouble de Saint Aignan et de Grenoble? Il ne faudrait pas les laisser se cacher au sein de la fronde qu'essuie actuellement le gouvernement. La justice? Elle fera son travail. Le problème de la justice c'est qu'elle arrive, comme nombre de propositions sécuritaires du gouvernement, après la bataille. Le durcissement des peines voulu par ce dernier voudraient que les délinquants réfléchissent mieux avant de commettre un méfait "si je fais ça je risque ça". Pourtant on constate qu'après 8 ans de "délinquance zéro", le constat est toujours le même et le brasier semble même être plus apte à prendre feu au fil des surenchères.

L'autre moyen d'éviter ce genre de violence c'est d'une part assurer une stabilité sociale (plein emploi, égalité...) dont l'obtention totale est utopique et d'autre part de prévenir par l'éducation plutôt que par la répression. Il est évident que la politique du rabot opérée par Nicolas Sarkozy et son gouvernement n'aidera pas à avancer vers une stabilité sociale et encore moins vers une éducation digne de ce nom. Loin de l'angélisme que l'UMP étiquette à la gauche, les propositions d'alternative au tout sécuritaire, au caméras de "vidéoprotection" (ex-vidéo surveillance) et à la surcharge carcérale ne manquent pas. Il faut aussi se poser la question suivante: le problème sécuritaire n'est-il pas un "non-problème"? Si la France est "le pays le plus sûr du monde", pourquoi alors faire tout un baroud dès lors qu'un fait divers se fait entendre? Le problème ici est le ton que prennent ces "révoltes communautaires" lorsqu'un individu (même hors la loi) est abattu par les forces de l'ordre: ici les jeunes de banlieue vengent l'un des leurs et là les roms vengent l'un des leurs. N'y a-t-il pas un lien entre la stigmatisation venant de l'État et les "émeutes" ponctuelles envers l'appareil défensif de ce même État?

Les expulsions de Roms quant à elles soulèvent la question éternelle de la liberté de circulation. À priori, ceux-ci sont libres de circuler et de rester en France selon certaines conditions (trouver un emploi au bout de trois mois de présence par exemple) mais il s'avère que l'accueil fait aux Roms n'est pas adéquat avec la vie nomade qu'adopte cette communauté. Je ne cesse de penser qu'il est totalement absurde de fermer les frontières au temps du néolibéralisme et des délocalisations qui recherchent la main d'oeuvre bon marché. Le libéralisme économique se joue totalement des autres libertés. Le pseudo-libéralisme rompt en effet avec ses valeurs de liberté dès lors qu'il empêche les hommes de fuir la pauvreté pour gagner un pays plus riche (c'est pourtant leur liberté). Les migrations sont le symptôme d'une inégalité Nord-Sud toujours aussi flagrante qu'aucun politique n'a encore osé ou voulu ébranler une fois pour toute. Ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui changera quoique ce soit au problème migratoire, surtout s'il prend le problème dans le mauvais sens.

Ange Chevallier

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16 juin 2010

Découverte de la semaine: "Zaz"

Vous l'avez surement déjà entendu par le biais de son titre "Je Veux", si ce n'est pas le cas je vous laisse découvrir aujourd'hui la chaleureuse voix de la chanteuse Zaz.

Une instrumentation jazzy, des paroles passe-partout, le tout sur des mélodies entrainantes. Ce cocktail devrait vous mettre de bonne humeur en ce début de vacances d'été. C'est sa voix qui fait que Zaz se démarque du reste, à la fois chaleureuse et étouffée, limite cassée, on appréciera une interprétation vocale soignée tout au long de l'album.

"Je veux", clip vidéo extrait de l'album "ZAZ".

 

"Dans Ma Rue", (Version acoustique) extrait de l'album "ZAZ" de la chanteuse éponyme.

 

 

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13 juin 2010

Découverte de la semaine: "Milk Coffee & Sugar"

Après quelques mois d'absence voici le retour de la découverte de la semaine. Aujourd'hui le Hip-Hop est à l'honneur avec le groupe Slam/Rap/Jazz "Milk Coffee & Sugar". De leur nom ils revendiquent la mixité, le mélange, et ça marche. Du Rap au Slam en passant par une interprétation musicale Jazz soignée, le groupe livre un premier album à déguster, à délecter même, assis tranquillement dans son canapé.

Le premier morceau "Alien" fait l'effet d'une bombe lyricale comme on les aime dans le hip-hop. Le morceau est une réponse à Kery James et son "Banlieusards" dans lequel il invite les jeunes de banlieue à arrêter de brûler des voitures et d'aller travailler pour en construire, métaphore à laquelle Gaël Faye (l'un des deux membres du groupe) rétorque "mais les voitures ne sont que des bibelots de notre consommation qui ne méritent aucun égard dans la révolte de nos chansons". Le débat soulevé mérite d'être souligné et creusé.

Au long de l'album, Milk Coffee & Sugar nous emmènent au sein de leur univers suave et réfléchi: ne vous attendez pas aux stéréotypes habituels du Hip-Hop médiatique. Leurs écrits soignés et la musicalité vous baladeront au coeur de leur Afrique torturée, d'un système vu comme coercitif et de leur musique faisant office d'évasion. On retrouvera les participations de Beat Assaillant, de la chanteuse Ange Fandoh ou encore de Tumi & The Volume.

L'album "Milk Coffee & Sugar" du groupe éponyme est disponible depuis le 10 Mai dernier et il n'attend plus que de vous appartenir.

A.C.

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Ci-dessous le clip vidéo de "Alien".

06 mai 2010

Gel des dépenses, crise grecque et néolibéralisme.

 

J'apprends à l'instant que le premier ministre François Fillon souhaite geler les dépenses de l'État durant trois années pour lutter contre le déficit. Le paradigme néolibéral serait donc encore en action? Rien n'est plus sûr. La politique de dégraissage omet un principe de justice qui parait tout à faire logique: lorsqu'il faut resserrer la ceinture, ce sont les plus larges ceintures qui doivent donner l'exemple avant tout.

 

La Grèce s'embrase: une aubaine pour le plan d'austérité budgétaire français

Depuis quelques mois, la Grèce est en proie à une dévaluation de la crédibilité quant à sa gestion des finances. Le chute a débuté fin 2009, lorsque le gouvernement grec a dévoilé un déficit beaucoup plus important que prévu. La note de solvabilité de la Grèce a alors dégringolé, entrainant un cercle vicieux (si la notation baisse, les taux d'intérêts augmentent et du coup entrainent une difficulté plus forte de remboursement et donc...la notation baisse). La Grèce a récemment affirmé ne plus pouvoir emprunter à des taux d'intérêts décents et donc ne plus pouvoir satisfaire le remboursement futur de sa dette sans une aide extérieure.

Dès lors, les États européens sont partis au secours de la Grèce, avec plus ou moins de réticence (notamment de la Chancelière allemande, en proie à une période électoraliste), pour proposer une aide de plus d'une centaine de milliards d'euros avec la participation du FMI. Les pays européens vont donc eux-même emprunter à des taux raisonnables pour pouvoir prêter à la Grèce à des taux inférieurs à ceux du marché. Au passage, les États vont se faire de l'argent sur la dette grecque en proposant des taux supérieurs à ceux d'achat, mais ça c'est un autre débat. En échange de cela, la Grèce a lancé un plan d'austérité qui lui vaut actuellement de forte réticences populaires (les trois morts à Athènes hier en marge des manifestations en sont l'illustration la plus marquante).

Cette crise des finances grecques a entraîné une peur au niveau de différents états européens comme le Portugal et l'Espagne mais aussi l'Italie, et l'Irlande. La France elle-même n'est pas à l'abris d'un phénomène "domino" d'autant plus qu'elle devient, avec le plan d'aide, une victime potentielle d'un défaut de paiement grec. Du coup, le plan de réduction des dépenses publiques que la France a entreprit depuis plusieurs années se voit renforcé aujourd'hui par l'annonce d'un gèle des dépenses publiques par le premier ministre François Fillon sur trois ans. La crise grecque est donc une aubaine pour le gouvernement et ses mesures d'austérité qui se voient crédibilisées par la menace de la dévaluation des notations.

 

Le néolibéralisme doit-il être remis en cause?

De là on peut se poser un certain nombre de questions. Le plan d'austérité qui se voit renforcé aujourd'hui vise principalement à remettre en cause chaque euro dépensé par l'état en fonction de son efficacité (selon les termes du premier ministre). Autant dire que les institutions en première ligne sont (comme toujours) l'éducation, la santé, les aides à l'emploi etc. qui sont déjà bien mal en point actuellement. La politique de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite est aussi maintenue jusqu'en 2013. Mais le premier ministre a bien précisé que le gèle s'effectuerait "hors charge d'intérêt de la dette" ce qui montre une fois de plus que tout le monde n'aura pas à se serrer la ceinture.

Les intérêts de la dette c'est le surplus que l'on paye lorsque l'État emprunte de l'argent. L'État empruntant à des établissement bancaires, à des citoyens lambdas, d'autres États ou à des institutions comme le FMI, on se doute bien que cet argent va se retrouver dans les poches des individus les plus fortunés (ceux qui ont de quoi prêter) donc des rentiers et différents établissements bancaires. Il faut savoir que lorsque l'on emprunte aux banques, celles-ci empruntent elles-mêmes aux banques centrales à des taux d'intérêts préférentiels. Elles revendent ensuite le prêt à un taux plus élevé et récupèrent la différence sur le dos de l'État emprunteur (avant les années 80, l'État empruntait directement aux banques centrales sans passer par les banques privées).

Il y a donc un problème de logique dans le système actuel: la crise des déficits profite aux banques et aux grosses fortunes alors qu'elle grignote petit à petit le bien être des peuples qui sont soumis aux cures budgétaires. D'autant plus que ces mêmes grosses fortunes sont protégées par le bouclier fiscal instauré en 2007 par Nicolas Sarkozy. Les plus fortunés ne devraient-ils pas être les premiers se devant de resserrer la ceinture? Évidemment, cela irait à l'encontre du programme néolibéral qui vise à réduire au maximum les dépenses de l'État.

 

Vers une concertation mondial

C'est là que sort l'argument choc de la mondialisation. Si l'on impose trop les grosses fortunes, elles vont fuir vers les paradis fiscaux (à l'instar de Johnny). Oui mais quels sont les efforts des politiques quant à la réglementation économique? S'ils s'efforcent de diminuer les dépenses sociales, de légiférer sur la Burqa, de sécuriser (ou pas) les banlieues, de réformer les territoire, on les voit rarement tenter de former un accord de régulation par rapport aux paradis fiscaux et autres gouffres où vont se cacher les plus grosses fortunes.

Le premier effort à faire à la vue de cette crise des déficit est donc bel et bien dans la formation d'un accord mondial de régulation. Une suppression des paradis fiscaux donnerait la possibilité aux États de retrouver leurs fortunés et donc des recettes fiscales conséquentes. C'est là dessus qu'il faut jouer en premier: non pas diminuer les dépenses mais augmenter les recettes (sans augmenter le taux d'imposition de la majeur partie de la population). Il faut aussi revoir le modèle de financement de la dette publique (qui est plombée par les taux d’intérêt). Cette idée de plaira pas au néolibéraux, mais si la liberté tant prônée est réservée aux rentiers et aux banques, sa légitimité doit être revue.

Il est évident qu'un tel accord de régulation ne peut se faire sans un consensus de tous les États. Vu comment a capoté la conférence de Copenhague sur le climat, je n'ose imaginer le déroulement d'un sommet sur une régulation économique mondiale. Cependant les efforts doivent être faits vers un tel accord sans quoi les États risquent de continuer à foncer vers un mur sur lequel les tensions sociales sont criantes. Les événements grecs d'hier ne laissent rien présager de bon sur la crise sociale que risque d'engendrer le plan d’austérité.

 

Et j'oubliais, il y a aussi une marge de manoeuvre assez signifiante à grignoter sur les salaires des hauts fonctionnaires d'état, et sur les cumuls de portefeuille, ainsi que sur les dépenses superflues des différentes hautes administrations de l'État. Car je conçois qu'il y a des abus de biens dans tous les domaines de la société (la lutte contre les niches fiscales annoncée par le premier ministre est donc louable), mais plus les individus appartiennent à des franges élevées du pouvoir, plus ces abus sont importants et pourtant ce sont les moins exposés à une possible restriction. Bien sur je doute fort que notre ministre ait pensé à demander aux députés, à ses collaborateur ni à lui-même de se serrer la ceinture avant de proposer de supprimer des postes dans l'éducation, l'armée, la police, la santé, etc. etc. etc.

 

A.C.

19 mars 2010

Les quotas de boursiers: cache misère de la méritocratie?

Le 23 décembre dernier, Valérie Pécresse affirmait aux grandes écoles sa volonté de les pousser à accepter 30% d’élèves boursiers à leurs concours réputés pour être très sélectifs. À première vue on croit voir là un geste de générosité visant à rétablir l’égalité des chances chère aux valeurs républicaines, mais ne s'agirait-il pas plutôt d’un cache misère de ce système dit «méritocratique»?

 

L’égalité des chances, un idéal républicain.

La méritocratie et le concept d’égalité des chances sont des valeurs très chères à la République. Elles sont aussi martelées avec amour par notre président actuel. À vrai dire son sérieux à ce propos a été étranglé par la candidature avortée de son fils (qui ne possède que le diplôme du bac) à l’EPAD. Je ne m’étendrai pas plus sur ce sujet. Reprenons.

L’égalité des chances, c’est la possibilité pour tout individu de la société française, quelque soit son origine sociale, sa couleur de peau, son origine culturelle, sa taille, son poids, son sexe etc. d’accéder aux plus hauts échelons de la société s’il s’en donne les moyens, s’il travaille. Évidemment cela reste pour le moins théorique. On s’aperçoit hélas qu’il existe des facteurs qui empêchent les fils et filles des classes populaires de se hisser vers le haut même en travaillant dur. Ces facteurs ont été définis par le sociologue Pierre Bourdieu comme tels: le capital culturel (un ouvrier aura moins de culture et de savoirs à transmettre à son fils qu’un instituteur ou un médecin), le capital économ ique des parents (un ouvrier ne pourra pas payer à sa fille le soutien scolaire que pourra se payer le fils d’un avocat ou d’un médecin) et enfin le capital social (les contacts d’une mère employée apporteront moins de chance à son enfant d’être pistonné que les contacts d’un cadre ou d’un Président de la République).

Autant dire que même si un fils d’ouvrier se voyait être dans la même classe qu’un fils de cadre du CP à la Terminale, le fils de cadre aurait plus de chance d’aller en grande école que le fils d’ouvrier pour des raisons financières, culturelles et sociales. Tous les politiques sont au courant de cela et, malgré une forte volonté d’éradication de l’inégalité dans les années 70, personne n’a encore su (ou voulu) réformer l’école pour palier à ces problèmes. Il persiste d’ailleurs toujours l’existence d’écoles privées (donc payantes) réservées de ce fait aux plus fortunés qui vont à l’encontre de ce principe républicain de l’égalité des chances.

 

Démocratisation quantitative.

Aucun politique n’a réussi à palier à ces problèmes et pourtant ils ont essayé. À vrai dire on ne peut nier de réelles avancées: en 2009, 66,4% d’une classe d’âge a obtenu le bac, c’est à dire qu’il n’y a plus que 33,6% des jeunes qui n’accèdent toujours pas au baccalauréat: une avancée remarquable quand on sait que 41,1% n’y accédaient pas en 1994, 15 ans avant et, encore plus tôt en 1945 seulement 4% accédaient à ce diplôme (fortement élitiste à l’époque). Cette hausse du taux d’obtention du bac c’est ce qu’on appelle la démocratisation quantitative de l’école. Hélas cela n’empêche pas les enfants des milieux populaires de continuer à se voir occuper les métiers du bas de l’échelle (revenus plus faibles, reconnaissance plus faible) avec la faible rémunération et le chômage qui vont avec.

Si 66,4% de la classe d’âge du début des années 90 a obtenu le bac, cela ne signifie pas pour autant que l’on s’approche de l’égalité des chances: malgré le fait qu’il y ait beaucoup plus d’enfants des milieux moins favorisés obtenant le bac aujourd’hui, on ne les retrouve pas dans les grandes écoles (une bonne partie arrêtent après le bac, quelques uns vont à l’université, plus ouverte). C’est cela que tente de palier Mme Pécresse avec sa politique de quotas de boursiers: le but étant de favoriser l’entrée des élèves moins aisés dans les grandes écoles. Celles-ci s’y sont ouvertement opposé en craignant une baisse du niveau dans leurs écoles. Mme Pécresse a, depuis, précisé qu’il ne s’agissait pas réellement de quotas mais d’objectifs à atteindre.

 

Le cache misère de la méritocratie.

Et c’est là qu’on peut être facilement dupés. À première vue cette annonce montre une volonté de tirer vers le haut les enfants les plus défavorisés mais lorsque l’on s’y penche un peu plus, on constate qu’il ne s’agit que d’une annonce de défaite de la méritocratie. Les grandes écoles ont raison de craindre une baisse de niveau: les forcer à avoir un quota de boursiers ne va pas faire augmenter le niveau des élèves en milieux défavorisés! De plus, cela n’aiderai qu’une minorité d’élèves et laisserai tous les autres à la rue. Cette politique de quota se révèle donc être une politique défaitiste. Au lieu de tirer les élèves défavorisés vers le haut, on facilite l’entrée des hautes écoles (donc on accepte des étudiants ayant un niveau plus faible) pour pouvoir accepter 30% de boursiers. Est-ce que cela leur permettra d’obtenir le diplôme terminal, c’est une autre question.

L’initiative de Science-Po Paris de proposer un cursus spécial ZEP dans ses filières est intéressante: on propose de rattraper le niveau avec un enseignement spécifique. On accepte la différence de niveau sans complexe pour permettre aux plus en difficulté de réussir au concours terminal. Cette politique est peut être une solution envisageable mais elle doit en aucun cas n’être offerte qu’à partir des études supérieures car le problème vient de l’amont, c’est au collège, en primaire voire dans la prise en charge des très jeunes enfants que tout se joue réellement. Il est évident que la politique actuelle d’effort budgétaire consistant à supprimer des postes va à l’encontre d’une assistance aux familles en difficulté (qui ne peuvent se payer d’assistante maternelle par exemple ou de cours particuliers, de «Médisup» etc.) mais la politique consistant à faciliter l’entrée aux grandes écoles n’est pas non plus bienvenue car elle masque les défauts du système éducatif en amont.

 

Comme le dit Alain Cadix dans un article paru dans Le Monde, «l’ascenseur social ne démarre pas au 15e étage». Mme Pécresse semble avoir une nouvelle fois compté sur l’effet d’annonce: on propose quelque chose qui semble aller dans bon sens puis on se rétracte. Le système scolaire français est dans une impasse, certaines zones d’éducation soit-disant prioritaires sont délaissées et on peine à voir le bout du tunnel. Mais l’état prévoit 16 000 suppressions de postes cette année, tout va bien dans le meilleur des mondes.

A.C.

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Jean Sarkozy et Nicolas Sarkozy

05 mars 2010

Shutter Island: entrez dans les méandres de la psychiatrie...

Shutter_Island

L'histoire se déroule dix ans après la libération de 1944. Un marshall et son coéquipier sont sommés de se rendre sur l'île de Shutter Island. Il s'agit d'un hôpital psychiatrique au large des côtes, destiné aux malades les plus dangereux, meurtriers pour la plupart. Les deux équipiers sont dépêchés pour tenter de retrouver une patiente qui a mystérieusement disparu...

En reprenant le roman de Dennis Lehane liant la douloureuse épreuve de la libération des camps concentration allemands qu'a vécu le marshall Teddy Daniels et les mystères de possibles expérimentations pesant sur l'île, le réalisateur Martin Scorsese signe ici un Thriller où se rejoignent le suspense d'un Hitchcock et le labyrinthe d'un Fight Club. On y trouvera une critique cinglante du genre humain au sein même du dédale psychiatrique d'un patient de l'hôpital.

Mêlant angoisse et incompréhension, cette oeuvre reflète parfaitement l'univers psychiatrique d'une telle île. On doute jusqu'aux derniers instants, et on espère encore en sortant de la salle. À voir absolument.

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07 février 2010

Groupe de la semaine: "Scratch Perverts"

Pour continuer dans la découverte des artistes programmés au festival Garorock, j'ai choisi d'écouter cette semaine le groupe "Scratch Perverts". C'est un groupe de DJ's qui alterne entre le mix, les compos électro et les mash up (pratique consistant à apposer un "a capella" sur une instru différente de l'originale, en général en prenant un a capella connu et une instrumentale connue). Le groupe est actuellement composé de trois DJ's (il y a eut différentes formations au cours de l'existence du groupe).

Les styles de musiques oscillent très largement entre hip-hop, drum'n'bass, électro ou encore dubstep. On peut difficilement les comparer au groupe de DJ's C2C, qui est beaucoup plus technique et moins éclectique (assez fermé sur le hip-hop jazzy). Je vous invite cependant à découvrir ce groupe écossais, surtout si vous aimez l'électro et le hip-hop. Rendez-vous en Avril pour savoir ce que ça donne en live!

Voici une petite vidéo datée de 2008 de Scratch Perverts:

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